Retours des entrevues dans le Grand Sud-Ouest de Montréal

Introduction

Le programme du Système alimentaire local et intégré à Montréal (SALIM), porté par le Collectif Récolte dans le cadre de Montréal en commun, a pour objectif d’améliorer l’accès aux aliments sains issus d’une agriculture de proximité pour les personnes en situation d’insécurité alimentaire à Montréal. Le SALIM consiste en une variété de projets expérimentaux et collaboratifs ciblant différents aspects de la chaîne d’approvisionnement pour les organismes communautaires œuvrant en sécurité alimentaire avec un focus sur les solutions de logistique optimisée et mutualisée.

L’un de nos deux premiers projets pilotes consistait à explorer la possibilité de créer un pôle logistique alimentaire dans l’arrondissement de NDG. L’objectif du pôle aurait été celui  d’agréger des denrées alimentaires provenant de différentes sources en un seul lieu physique, ce qui aurait permis à plusieurs organismes communautaires voisins d’économiser des coûts et d’optimiser leurs opérations grâce à des ressources partagées ou mutualisées. Le projet a connu un obstacle à la fin de l’année 2020 lorsque l’espace que nous envisagions est devenu indisponible, et c’est à ce moment-là que nous avons élargi notre champ d’action afin d’explorer d’autres pistes d’intervention dans des quartiers adjacents.

Lorsque nous avons commencé à nous tourner vers les organismes communautaires dans “le Grand Sud-Ouest”, nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de projets fort intéressants liés à la mutualisation et à l’optimisation de l’approvisionnement. De par leur côté novateur, ces projets se caractérisent par un ensemble d’opportunités et de forces, mais aussi d’enjeux et besoins. Nous avions comme hypothèse de départ l’idée qu’un pôle alimentaire logistique pourrait offrir des pistes de solution aux enjeux vécus par les organismes.

Notes rédigées par les participant.e.s au Laboratoire d’apprentissage en décembre 2020

Les entrevues

Suite à l’élaboration d’une cartographie de l’écosystème des organismes oeuvrant en sécurité alimentaire dans le territoire du Grand Sud-Ouest, nous avons contacté les organismes qui, selon nos recherches, auraient pu démontrer un grand intérêt envers l’idée d’un pôle alimentaire. Ces entretiens avaient pour but de récolter des informations afin de mieux comprendre les  besoins et les défis rencontrés par chacun des organismes. Vu la sur-sollicitation causée par le travail à distance, nous avons fait de notre mieux pour respecter les temps de toutes et tous en gardant les discussions courtes et en les focalisant sur les défis logistiques que le SALIM pourrait aider à résoudre.

Pour notre première phase de consultation, nous avons identifié 18 organismes dans les quartiers de Lachine, LaSalle, Verdun, Ville-Émard, Saint-Henri, Pointe-Saint-Charles, la Petite Bourgogne et NDG pour lesquels nous pensions que le SALIM pourrait avoir un impact majeur. Nous avons réalisé 14 entrevues en février et mars 2021 — neuf avec des représentant.e.s d’organismes communautaires et cinq avec des représentant.e.s de tables de concertation de quartier.

Lors de ces entrevues, nous avons eu l’occasion de discuter plus concrètement de notre hypothèse de départ, parfois même de décrire les coûts approximatifs des solutions possibles afin de vérifier si ces idées pouvaient s’inscrire dans le budget des organisations. (Par exemple, nous avons estimé qu’un simple espace de stockage de denrées pourrait coûter entre 300 et 500 dollars par mois par organisme une fois le financement SALIM terminé, en supposant qu’aucun autre financement externe ne soit disponible). 

Résultats

Chaque organisme communautaire est confronté à un ensemble unique de besoins, de défis et d’opportunités; il s’efforce constamment d’améliorer ses programmes existants et d’offrir ses services à un plus grand nombre de personnes en maximisant l’utilisation des ressources disponibles.

Dans cette optique, nous avons identifié trois principaux défis logistiques pour les organismes : l’entreposage, la livraison et l’approvisionnement.

Entreposage

L’espace est un besoin constant pour toute organisation et la hausse des prix de l’immobilier à Montréal rend la recherche de bons emplacements extrêmement difficile. Les organismes œuvrant en sécurité alimentaire ont besoin d’espace pour leur travail de bureau, les activités publiques, la transformation alimentaire et diverses autres usages, mais les espaces pour le stockage des aliments (sécurisés, à température contrôlée, et respectant les normes d’hygiène et de salubrité) peuvent être particulièrement difficiles à acquérir.

De plus, une grande partie des organismes qui ont participé aux entretiens ont mentionné l’existence d’une différence significative entre leurs besoins d’entreposage en hiver et en été. En hiver, ils entreposent principalement des denrées sèches et transformées, ainsi que des légumes racines, pour des plus longues périodes. En été, les denrées à entreposer sont principalement fraîches et peuvent être stockées pour une plus courte période, mais dans des volumes plus importants. Il devient alors difficile de trouver une solution optimale pour répondre à leurs besoins saisonniers — par exemple, il n’est généralement pas possible de louer un espace réfrigéré seulement pour une partie de l’année.

Les organismes avec lesquels nous avons parlé peuvent être divisés en trois catégories:

  1. Les organismes ayant des locaux suffisamment spacieux et donc n’ayant pas de besoin urgent d’accéder à plus d’espace de stockage. (Certains d’entre eux ont également des plans en cours pour acquérir ou déménager dans de nouveaux locaux.)
  2. Les organismes ayant des plans d’expansion ou d’autres projets en cours (par exemple des marchés ou des épiceries) qui vont nécessiter beaucoup plus d’espace de stockage si ces projets s’avèrent à fonctionner. (La plupart des organisations de cette catégorie sont également à la recherche d’espaces à  acquérir.)
  3. Les organismes ayant des besoins de stockage critiques, sans avoir les ressources nécessaires pour aider à financer un emplacement d’entreposage mutualisé.

Finalement, la plupart des organismes qui ont démontré de l’intérêt pour un espace d’entreposage mutualisé ont déclaré que ceci leur serait utile seulement si l’emplacement était proche de leurs bureaux ou s’il offrait un service de livraison à la demande. Or, la recherche d’un lieu proche et accessible à tous les organismes peut devenir particulièrement compliqué et un service de livraison augmenterait très probablement le coût de gestion au-delà de l’abordabilité pour la plupart de ces organismes.

En nous basant sur plusieurs études faites au Québec et à l’international, nous continuons à croire qu’une installation d’entreposage mutualisée pourrait aider de nombreux organismes. Par contre, pour le moment, nous n’avons pas été en mesure de trouver un groupe solide d’organisations avec les ressources et les besoins complémentaires nécessaires pour développer un projet d’espace d’entreposage partagé à court terme.  Or, nous pensons que les pistes de solution que nous allons proposer pourraient aider à mettre les bases pour un projet plus structurant visant des espaces mutualisés sur le long terme. Par exemple, notre équipe travaille avec l’équipe de Sid Lee Architecture sur leurs plans pour le concours C40 qui a comme but de réaménager les bâtiments du 4000, rue St-Patrick et qui pourrait présenter d’excellentes opportunités d’entreposage pour un large éventail d’utilisateurs.

Livraison

Le transport est apparu dans plusieurs de nos conversations comme un défi particulier pour un approvisionnement efficace. Tout comme pour le stockage, certains organismes sont bien équipés pour gérer leur propre transport et livraisons; d’autres envisagent avoir besoin de moyens de transport supplémentaires à moyen-long terme selon l’avancement et l’expansion de leurs projets; alors que d’autres manquent de ressources pour louer ou acheter des camions. Les organismes de cette troisième catégorie effectuent souvent des achats auprès de fournisseurs offrant la livraison.

Plusieurs organismes communautaires du Grand Sud-Ouest partagent déjà leurs véhicules de livraison, les louent à d’autres organismes ou ont déjà instauré des programmes de livraison partagée. Pour ceux qui vivent encore des contraintes causées par le manque de moyens de transport, nous planifions de créer des espaces de discussion afin de réfléchir ensemble à des pistes de solution pouvant répondre à ces besoins. 

Approvisionnement local

Chaque fois que nous avons interrogé les organismes sur leur approvisionnement en général, nous avons entendu la même chose: c’est beaucoup de travail. En plus de récupérer et de stocker les denrées, il faut beaucoup de temps et d’efforts pour rester à jour avec une vaste variété de fournisseurs pour pouvoir répondre aux besoins des différents programmes. Il existe une multitude de fournisseurs pour n’importe quel type d’aliments — locaux, biologiques, importés, en vrac, en gros, au détail… Et il est généralement impossible de trouver un fournisseur qui puisse fournir tout ce dont un organisme a besoin.

Un certain nombre d’organisations ont décrit ce travail comme un obstacle substantiel à l’achat d’aliments plus locaux et / ou de meilleure qualité. Certaines organisations ont pu nouer des relations avec un ou deux producteurs locaux, mais il s’agit généralement de relations individuelles, et il peut être difficile de maintenir un réseau de producteurs plus stable et plus fiable pour pouvoir répondre aux pénuries, à l’évolution des besoins ou aux variations des budgets ou des prix.

La courte saison de production au Québec ajoute une autre couche de complexité. Les organismes doivent souvent faire des plans ou des accords bien avant l’été, tout en se tournant vers un ensemble différent de grossistes et d’autres distributeurs pour répondre à leurs besoins pour le reste de l’année.

La bonne nouvelle est que les participants aux entretiens ont démontré un intérêt marqué pour le travail collaboratif et le partage des pratiques, par exemple en offrant la possibilité de mettre en commun leurs contacts, leurs ressources et leurs connaissances afin de maximiser l’efficacité de l’approvisionnement local dans le Grand Sud-Ouest et éventuellement augmenter le pouvoir d’achat des organismes.

Bien qu’il y ait une réticence compréhensible envers une trop grande centralisation des achats, vu le  risque de diminuer le pouvoir et l’autonomie des organismes, nous pensons qu’une première étape possible serait de travailler avec les acteurs intéressés pour créer un poste de Spécialiste en approvisionnement local. Ce ou cette spécialiste pourra desservir plusieurs organismes en facilitant les connexions avec les fournisseurs et en offrant des opportunités de mutualisation et de coopération sur le territoire. Dans un premier temps, ce poste pourra être entièrement financé par le SALIM, avant d’évoluer vers une source de financement permanente.

S’impliquer

Pour en savoir plus sur nos idées pour ce poste et les prochaines étapes, rendez-vous ici :

Vous avez des questions ou des commentaires, ou vous voulez vous impliquer dans les prochaines étapes de la démarche? Nous serions ravis de vous entendre ! Envoyez un courriel à Liam: